Les grands mafieux du milieu

L'ère Spirito

 

 François Spirito, né à Marseille en 1900, mort à Toulon le 9 octobre 1967, est un mafieux français.
Né dans un quartier populaire de Marseille de parents napolitains1, il va s'associer à Paul Carbone. Tous deux se seraient liés d'amitié en Égypte, puis Spirito serait devenu et resté le plus fidèle allié de Carbone. Ils vont devenir des figures centrales du milieu marseillais des années 1930, 1940 ayant la main sur la prostitution, le racket et différents trafics. Ils contrôlent alors également la mairie de la ville via Simon Sabiani, le 1er adjoint, et sont en relation avec les milieux politiques et patronaux (pour lesquels ils font la chasse aux communistes sur le port de Marseille). Spirito est alors surnommé Lydro (à cause des traces de petite vérole) ou Beau Ficelle (pour sa grandeur et son élégance).
Dans les années 1930, lui et Carbone sont acquittés du meurtre d'Albert Prince, conseiller à la Cour et qui enquêtait sur le scandale de Stavisky. Leur retour à Marseille sera triomphal.
Pendant la guerre, les deux collaborent avec les occupants allemands, par intérêt. Alors que Carbone meurt dans le déraillement d'un train opéré par la Résistance en décembre 1943, Spirito, peu avant la Libération, s'enfuit en Espagne puis en Amérique latine et enfin aux États-Unis, où il trafique de l'héroïne, créant ainsi la fameuse French Connection. Il est arrêté à New York pour trafic de stupéfiants et va purger deux ans à la prison d'Atlanta2. Il est ensuite expulsé des États-Unis et extradé vers la France où il aurait dû être jugé pour sa collaboration dans les années de guerre mais le procès ne se tiendra pas3.

Spirito est mort à Toulon dans le quartier de la Loubière, rangé des affaires et où il était président de l'amicale bouliste.

Les personnages du film Borsalino avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo dans les rôles titres et tiré du livre Bandits à Marseille d'Eugène Saccomano, sont inspirés de l'histoire de Carbone et Spirito.
Paul Carbone et François Spirito se sont rencontrés en Égypte et y ont monté un mini-empire basé sur la prostitution. À Marseille, Paul Carbone a été l'homme fort de la ville pendant 20 ans, étant lié à des politiques, possédant de nombreuses maisons closes, rackettant à tour de bras sur toute la côte, et faisant de la contrebande entre l'Italie et la France, à l'époque où la France a décidé d'un embargo sur les produits italiens, pour sanctionner l'État fasciste après l'invasion de l'Éthiopie.
À Paris, le caïd marseillais est tout aussi connu, possédant de nombreux intérêts dans plusieurs établissements. Carbone et Spirito ont aussi été les premiers Français à importer de l'opium en France pour le transformer en héroïne et l'envoyer aux États-Unis. Les bases de la French Connection.
Dans l'entre-deux-guerres, Carbone et Spirito font alliance avec Simon Sabiani, premier adjoint au maire de Marseille et originaire de Corse. Après le 6 février 1934, les hommes de Carbone sont lancés contre les dockers en grève.
En avril 1934, ils sont mêlés à l'affaire Prince, du nom de ce conseiller à la cour d'appel en charge de dossiers sur l'affaire Stavisky, dépouillé des documents dont il dispose et assassiné. Les deux hommes produisent des alibis solides et sont remis en liberté à la fin du mois. L'accueil triomphal que les partisans de Sabiani réservent à Carbone, lors de son retour à Marseille, fait sensation.
Pendant la guerre, les deux hommes se rangent du côté de l'occupant, par intérêt. Ils aident la Gestapo pendant toute la durée d'occupation de la « zone libre », en échange de quoi on ferme les yeux sur leurs affaires

 

L’empire des frères Guérini (1944-1968)

La place de parrain du milieu marseillais occupée par la bande de Carbone et Spirito, qui avaient choisi la collaboration, est naturellement prise à la Libération de la France en 1944 par leurs rivaux, la fratrie Guérini, proche de la Résistance.
Les meneurs de la fratrie sont Barthélemy Guérini, dit « Mémé », le « doux » (1908 Corse-1982), et son frère Antoine Guérini, le « dur » (1902-1967).
Comme Carbone et Spirito, les Guérini vont être, durant leur règne, proches de la mairie de Marseille. En particulier, Mémé Guérini sera un proche de Gaston Defferre (maire SFIO en 1944-1945 et en 1953-1986, député socialiste des Bouches-du-Rhône presque sans interruption de 1945 à 1981). En revanche, Antoine Guérini a plutôt soutenu des rivaux de Gaston Defferre (Pisani-Ferri, puis des gaullistes dans les années 1960).
Les Guérini vont reprendre et développer les réseaux de la French Connection (trafic international de drogue en direction des Etats-Unis) hérités de Carbone et Spirito. On estime généralement que, dans les années 1950-1960, le clan Guérini est l'un des plus puissants d'Europe et sans doute le plus important qu'ait jamais connu le Crime organisé français.
La situation des Guérini va se gâter rapidement dans la deuxième moitié des années 1960. La question de l’assassinat de Robert Blémant, ancien policier associé dans des affaires de jeu à Paris, va diviser les deux frères : Mémé, qui joue le jeu de la légalité opulente (avec de grandes fêtes mêlant politique, affaires, show-biz) s'y oppose tandis qu’Antoine y est favorable et abat Blémant en 1965. La mort de Blémant met les Guérini au ban du Milieu européen. L’empire Guérini s'effondre avec l’assassinat d'Antoine Guérini en 1967, puis l'arrestation de Mémé Guérini et des autres frères en 1968. Mémé Guérini reste en prison jusqu’en 1978, puis vit écarté des affaires jusqu’à sa mort en 1982.

 

Le royaume menacé de Gaëtan Zampa (1968-1977 environ)

C’est Gaëtan Zampa (1933 Marseille-1984, issu d’une famille napolitaine) qui va récupérer l'empire Guérini après la chute du clan en 1967-1968. Il s’agit d’un véritable changement de génération, les anciens truands l’accusant de ne pas respecter, avec ses méthodes violentes, le vieux code "moral" du milieu. Zampa s'associe notamment avec richard bracket, surnommé « le boucher» ou « le gitan », autre figure du grand banditisme richard bracket qui gèrera dans les machines à sous et la sécurité des boîtes de nuit du grand sud, de Marseille a Bordeaux en passant par la côte basque. bracket sera condamné pour le double assassinat particulièrement violent de deux proxénètes turcs à la fin des années 70.
Le règne de Zampa sur Marseille au cours des années 1970 sera semé d’embûches : le vieil Empire Guérini suscite les convoitises. Zampa doit mener deux grandes « guerres » des gangs, contre Francis le Belge (1972-1973) puis contre Jacky Le Mat (1977), dont il sort affaibli. À cela s’ajoutent les coups portés par la police à la French Connection (1971-1972) qui assurait une bonne part des revenus du milieu marseillais.
En 1981, même affaibli, le clan Zampa surnage encore dans le milieu marseillais « dont le territoire s’étend de l'Afrique à Naples, en passant par Paris : trafic de stupéfiants, rackets, machines à sous, monde de la nuit... »1. Mais son règne est vivement contesté par Jacky Le Mat.
Après plusieurs années d’incertitudes (1977-1983), le clan Zampa s’effondre brutalement à la suite d'arrestations menées par la police (1983) puis le suicide en prison de Gaëtan Zampa (1984).

 

La transition Jacky Le Mat (vers 1977-1984)

Jacky Imbert (né en 1929) est un ancien subordonné de Zampa. Devenu son rival, on lui attribue le rôle de véritable parrain de Marseille après la guerre menée en 1977 contre Zampa.
Après le suicide de Zampa en 1984, Le Mat et Francis le Belge s’associent pour « nettoyer » le clan Zampa afin de s’assurer qu'il ne tentera pas de prendre sa revanche. Entre avril 1985 et février 1987, une douzaine d'ex-lieutenants de Zampa sont tués.
Selon certains, Le Mat se serait ensuite rangé. Pour d'autres, Le Belge lui aurait confié la gestion de ses intérêts marseillais à son départ pour Paris vers 1994.Mais durant les années 2000, la justice cherche à l'impliquer dans différentes affaires comme un trafic de cigarettes ou des extorsions de fond contre des établissements de nuit et un marchand de biens. En janvier 2007, il sera finalement condamné à deux ans de prison ferme pour une extorsion de fond commise contre un établissement de nuit parisien.
Un film, L'Immortel, réalisé par Richard Berry est sorti en mars 2010 et relate la vie de Jacky Le Mat. Jean Reno y incarne Jacky Imbert.


 

Le règne de Francis Vanverberghe, « le Belge » (1984-2000)

Francis Vanverberghe dit « le Belge » (1946 Marseille-assassiné en 2000 à Paris) sera le véritable parrain de Marseille de 1985 à 2000. Après la guerre menée contre Tany Zampa pour récupérer les dépouilles de l'empire Guérini (1945-1968), Francis le Belge va passer 10 ans en prison (1973-1984).
Après sa sortie de prison en 1984, Le Belge va manœuvrer à distance avec une grande efficacité, ce qui lui permettra de diriger, souvent de loin, le milieu marseillais pendant une quinzaine d’années.
Les dix premières années seront consacrées à la reprise en main du milieu. Le Belge établit d’abord sa domination sur le milieu d'Aix-en-Provence (1984), avec son fidèle associé et beau-frère Tony l’Anguille (né en 1940 à Marseille), puis il nettoie les restes du clan Zampa (notamment son beau frère Jean Toci et les autres ex-lieutenants de Zampa qui sont mis sur la touche dès 1984) à Marseille et dans la région en association avec Jacky Le Mat (1985-1987). Il doit ensuite mener la sanglante guerre des boîtes de nuit en Bouches-du-Rhône (1989-1994) en parallèle avec deux autres clans : celui de Raymond Mihière, dit « le Chinois », et de Souhel Hanna-Elias, dit "Joël le Libanais", ce dernier devenant par la suite un lieutenant de Francis le Belge. La Guerre des Boîtes aixoises aura fait vingt morts et reste l'événement le plus marquant des années 90 pour le Milieu des Bouches-du-Rhône. Elle se termine en 1993. En 1994, Francis Le Belge va s’installer à Paris, où il va vivre des revenus de machines à sous clandestines2 et de la prostitution sur les Champs-Élysées et la place de l'Étoile. Il confie ses affaires de Marseille et du Sud à ses associés, Jacky Le Mat et Tony l’Anguille. En 2000, Francis Le Belge est assassiné à Paris. L’assassinat en octobre 2002 de deux de ses neveux dans les Bouches-du-Rhône marque la fin de son clan dans le Sud.
De cette époque, très violente, il reste çà et là quelques " vieux de la vieille", dont Le Mat, qui vit toujours dans la région marseillaise, Richard Baqué dit "le gitan", qui lui vit en Corse, et est sur un fauteuil roulant. Aux dernières nouvelles,Richard Baqué serait revenu, chez lui a Tarbes,après de graves opérations,il vit apparemment, une retraite "paisible" entouré des siens !



 

 Milieu Corse : simple crime organisé ou véritable mafia ?

La Corse, une île de la Méditerranée longtemps pauvre et oubliée de sa métropole continentale, une société traditionnelle clanique, une culture des armes et du clientélisme, sens de l'honneur, orgueil exacerbé, des individus soupçonnés d'activités criminelles mais très bien intégrés au tissu socio-économique.
Tout semble la rapprocher de ses cousines siciliennes Cosa Nostra ou Stidda mais il existe une différence notable, le crime organisé corse n'est pas constitué de « familles criminelles » pérennes avec une zone d'influence et une organisation qui se transmet de génération en génération. Ses groupes sont éphémères au gré des incarcérations et du décès de ses membres et de ses chefs. De plus leurs histoires locales est récente et date des années 1970. Au contraire des mafias italiennes, le banditisme local s'est formé sur le continent et non pas sur l'île. Donc le crime organisé corse n'est pas une mafia.

Retour des Corses ou éclatement ethnique ? (depuis 2000)

Après la mort de Francis Le Belge en 2000, le Milieu marseillais semble être repris en main par les Corses, qui en avaient été éclipsés par l’assassinat en 1982 de Marcel Francisci et en 1985 de Paul Mondoloni. Les Corses ont pour atout d’être les rares groupes à être organisés, d’être les plus discrets, voire d’être les seuls à savoir se montrer si besoin solidaires, face à l’éclatement de la grande délinquance "sans foi, ni loi". Ainsi, selon les Renseignements généraux de la police en 2003, « il y aurait une entente entre une partie des Bastiais de la Brise de Mer, les Corses de Marseille et un italo-Marseillais pour reprendre le contrôle des affaires du Belge ».

Milieu Corse : simple crime organisé ou véritable mafia ?

La Corse, une île de la Méditerranée longtemps pauvre et oubliée de sa métropole continentale, une société traditionnelle clanique, une culture des armes et du clientélisme, sens de l'honneur, orgueil exacerbé, des individus soupçonnés d'activités criminelles mais très bien intégrés au tissu socio-économique.
Tout semble la rapprocher de ses cousines siciliennes Cosa Nostra ou Stidda mais il existe une différence notable, le crime organisé corse n'est pas constitué de « familles criminelles » pérennes avec une zone d'influence et une organisation qui se transmet de génération en génération. Ses groupes sont éphémères au gré des incarcérations et du décès de ses membres et de ses chefs. De plus leurs histoires locales est récente et date des années 1970. Au contraire des mafias italiennes, le banditisme local s'est formé sur le continent et non pas sur l'île. Donc le crime organisé corse n'est pas une mafia1.

Lutte contre le crime organisé corse

En octobre 2012, suite au meurtre de l'avocat Antoine Sollacaro, le premier ministre Jean-Marc Ayrault annonce une série de dix mesures pour lutter contre le crime organisé. Il souhaite porter une attention toute particulière pour lutter contre le blanchiment, notamment dans l'immobilier, le sport , ainsi qu'aux procédures de marchés publics, aux autorisations d'urbanisme sur le littoral.
Parmi les mesures annoncées la création d'une cellule interministérielle de coordination, animé par le cabinet du premier ministre, elle décidera notamment de missions d'inspection et de soutien au préfet de Corse et aux services territoriaux de l’État pour l'exercice de leur mission de contrôle. Elle fixera les axes du contrôle fiscal en Corse.
Le renforcement de moyens d'enquêtes spécialisés pour identifier les circuits mafieux et enquêter sur les mouvements de patrimoine et les flux financiers irréguliers. 14 policiers spécialisés dans la lutte contre la délinquance financière seront affectés à la gendarmerie.